Soupe aux orties : la recette simple et savoureuse
Préparation : 10 min
Cuisson : 25 min
Pour : 4 personnes
Mi-mars, les premières pousses d’ortie pointent déjà le long des chemins et au pied des haies. C’est le signal. Une poignée de feuilles, une pomme de terre, un oignon, et en 35 minutes, on a un velouté vert, doux, aussi bon au goût que pour la santé. Personnellement, c’est l’une des soupes que je préfère au printemps. Ça rappelle l’épinard, en un peu plus rustique, avec ce petit côté « cueilli du matin » qu’aucun légume du supermarché ne peut reproduire.
La bonne nouvelle, c’est qu’on n’a pas besoin de se trouver en campagne au printemps pour en profiter. Les feuilles d’ortie séchées donnent une soupe très proche du frais, avec un goût même un peu plus concentré. La couleur sera légèrement moins vive à l’œil, c’est la seule vraie différence. Je vous propose la version fraiche et la version séchée, à vous de choisir selon la saison et ce que vous avez sous la main.
Ingrédients pour la soupe à l’ortie
- 20 à 25 g de feuilles d’ortie séchées (ou 200 à 250 g d’orties fraîches, les feuilles seulement)
- 350 g de pommes de terre à chair farineuse (type Bintje ou Agata), pelées et coupées en dés
- 1 oignon jaune moyen, émincé
- 2 gousses d’ail, dégermées et hachées
- 1 litre de bouillon de légumes (ou d’eau si vous n’avez pas de bouillon)
- 3 c. à s. de crème fraîche épaisse (ou crème liquide, selon la texture voulue)
- 1 c. à s. d’huile d’olive
- 1 petite pincée de noix de muscade râpée
- Sel fin et poivre noir du moulin
Préparation de la soupe à l’ortie
- Si vous utilisez des feuilles d’ortie séchées, commencez par les réhydrater. Placez-les dans un bol d’eau tiède pendant 10 à 15 minutes. Elles vont gonfler et retrouver un peu de souplesse. Égouttez-les, pressez-les légèrement entre vos mains pour retirer l’excès d’eau, et réservez. Cette étape relance les arômes et les feuilles s’incorporeront mieux à la cuisson. Ne la sautez pas. Si vous utilisez des orties fraîches que vous avez cueillies, gardez les gants jusqu’au bout. Rincez-les soigneusement à l’eau froide, puis effeuillez-les en ne gardant que les feuilles (les tiges sont trop fibreuses pour la soupe). Bonne nouvelle, dès que les feuilles touchent la chaleur, le piquant disparaît complètement. Vous pouvez ensuite les manipuler à mains nues sans aucun problème.
- Faites chauffer l’huile d’olive à feu doux dans une cocotte. Ajoutez l’oignon émincé avec une pincée de sel et laissez cuire 5 minutes en remuant de temps en temps, jusqu’à ce qu’il devienne translucide et légèrement fondant. Ajoutez ensuite l’ail haché et laissez encore 1 minute. L’ail ne doit pas colorer (sinon il apporte de l’amertume et on ne veut pas ça dans une soupe aussi douce).
- Ajoutez les orties dans la cocotte. Remuez et laissez-les tomber 2 à 3 minutes. Elles vont beaucoup réduire de volume, c’est normal et c’est toujours un peu magique à regarder. Ajoutez ensuite les pommes de terre en dés et remuez encore 2 minutes pour enrober le tout. Versez le bouillon, portez à ébullition, puis réduisez le feu et laissez mijoter à couvert pendant 20 minutes. Pour savoir si c’est prêt, la pointe d’un couteau doit entrer dans un dé de pomme de terre sans résistance.
- Coupez le feu. Mixez finement à l’aide d’un mixeur plongeant. Ajoutez la crème fraîche, la muscade râpée, du sel et du poivre. Goûtez et ajustez. Si la soupe vous paraît trop épaisse, ajoutez un peu de bouillon chaud et remixez quelques secondes. Réchauffez doucement sans faire bouillir pour ne pas casser l’émulsion de la crème. C’est prêt !
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Astuces du chef
Pourquoi les pommes de terre farineuses ? Une Bintje ou une Agata a une texture qui s’effrite après cuisson et donne au mixeur une soupe bien liante, presque veloutée. Une pomme de terre à chair ferme (Charlotte, Ratte) restera grumeleuse même mixée longuement. Ce détail change vraiment la texture finale, c’est important.
La crème en dehors du feu. On ajoute toujours la crème après avoir coupé le feu, ou au moins hors ébullition. Si elle bout, elle peut trancher et rendre la soupe granuleuse. On réchauffe ensuite à feu très doux si besoin.
La muscade, dosée à la main. Une vraie pincée de muscade fraîchement râpée suffit. L’ortie a un goût subtil et la muscade doit l’accompagner sans le couvrir. Deux pincées et c’est la muscade qu’on goûte, pas l’ortie. Entre nous, c’est l’erreur la plus fréquente sur ce genre de velouté.
Des feuilles séchées ? L’ortie séchée est plus concentrée qu’on ne l’imagine. Avec 20 g pour 4 personnes, on obtient une soupe bien verte et bien parfumée. On peut monter à 25 ou 30 g si on veut quelque chose de plus prononcé, mais au-delà la saveur devient astringente. Ne vous prenez pas la tête, goûtez en cours de route et ajustez. De mon expérience, entre 20 et 25 g est le point d’équilibre idéal.
Le sel en fin de cuisson. Le bouillon du commerce est souvent déjà bien salé. Goûtez avant d’ajouter quoi que ce soit en cours de cuisson. Une soupe trop salée après réduction, c’est difficile à rattraper.
Cueillir et préparer les orties fraîches
Quand cueillir les orties ?
Le printemps est la période idéale, de mars à mai selon les régions. Les jeunes pousses sont alors tendres, peu fibreuses et à leur pic nutritionnel. En été, les tiges durcissent et les feuilles deviennent plus coriaces et amères. Après floraison (généralement à partir de juin ou juillet), les feuilles développent des cristaux de cystolithes qui peuvent irriter les reins, mieux vaut ne pas les consommer crues ni en grande quantité à ce moment-là.
Sachez que si vous coupez les tiges à mi-hauteur après la première récolte, la plante repousse des pousses fraîches en quelques semaines, ce qui donne une deuxième récolte de qualité en fin d’été.
Préférez une cueillette le matin, à l’écart des routes et des champs traités. Un point sur lequel on insiste rarement, mais qui compte vraiment : évitez les zones fréquentées par des animaux de pâturage (moutons, renards, bovins). Les plantes basses peuvent être souillées par des déjections qui hébergent des parasites (douve du foie notamment) que la cuisson ne détruit pas toujours complètement. Ce n’est pas une raison de ne plus cueillir, c’est juste une raison de bien choisir ses spots. Un sous-bois propre ou le bord d’un ruisseau non pollué, c’est parfait.
Comment cueillir sans se piquer ?
Portez des gants épais, pas des gants fins de jardinage, les poils urticants les traversent facilement. Récoltez uniquement les 4 à 6 premières feuilles en haut de la tige : ce sont les plus tendres, les plus parfumées et les moins fibreuses. Les grandes feuilles du bas sont souvent plus dures, plus amères, et franchement moins agréables en soupe. Ne vous donnez pas cette peine.
Comment nettoyer les orties et neutraliser le pouvoir urticant ?
Rincez abondamment à l’eau froide en gardant les gants. Pour neutraliser les poils urticants, deux options simples : les faire tomber à la chaleur (1 minute de cuisson suffit), ou les froisser légèrement à la main avec des gants avant de les rincer. Une fois blanchies ou cuites, plus aucun risque, vous pouvez les manipuler à mains nues. Le blanchiment (2 minutes dans l’eau bouillante salée puis passage immédiat dans l’eau glacée) est utile si vous tenez à une couleur verte bien vive dans le velouté. Personnellement, pour la soupe je saute cette étape.
Quelle partie de l’ortie utiliser ?
Uniquement les feuilles. Les tiges, même jeunes, sont trop fibreuses pour être mixées correctement. Elles donnent une texture filamenteuse désagréable, même avec un bon blender. Effeuillez soigneusement, ou coupez au sécateur en ne récupérant que les sommets feuillus.
Alternatives d’ingrédients
Sans crème (version légère ou vegan) : remplacez la crème fraîche par du lait de coco léger pour un résultat onctueux avec une légère note sucrée, ou par une cuillerée de purée d’amande blanche pour plus de rondeur. On peut aussi mixer une poignée de noix de cajou préalablement trempées dans le bouillon (la texture se rapproche vraiment de la crème épaisse, c’est bluffant).
Pommes de terre remplacées par : une courgette et une patate douce donnent une soupe plus sucrée et une couleur légèrement différente. Pour une version à index glycémique plus bas, une grosse carotte remplace bien une partie des pommes de terre sans perdre le corps de la soupe.
Ail et oignon remplacés par : un poireau (la partie blanche) fondu dans l’huile remplace avantageusement l’oignon et adoucit le goût d’ensemble. La version ortie-poireau est très classique dans certaines régions de l’Est de la France. Si vous aimez les veloutés doux, vous allez adorer cette association.
Variantes de la recette
Soupe ortie et pomme de terre (la version grand-mère)
C’est la recette de base présentée ici, et honnêtement, c’est largement ma préférée. Très proche de ce qu’on faisait dans les campagnes françaises jusqu’au milieu du 20e siècle : oignon, ortie, pomme de terre, bouillon, crème. Rien de superflu. On peut ajouter une tige de céleri branche coupée en morceaux avec les pommes de terre pour un fond légèrement amer qui équilibre bien la douceur de l’ortie.
Velouté ortie-courgette (version légère)
Remplacez la moitié des pommes de terre par une courgette coupée en rondelles, ajoutée en même temps. La soupe est plus claire et moins dense. C’est la version que je conseille pour un déjeuner léger ou en entrée chaude l’été.
Soupe ortie-épinards (couleur vive garantie)
Ajoutez une poignée de feuilles d’épinards frais (environ 50 g) en même temps que les orties. Le mixage donne une soupe d’un vert franchement vif, très appétissant. Le goût est un peu plus doux, moins typé plante sauvage, une bonne option pour convertir les enfants ou les personnes qui découvrent l’ortie en cuisine.
Soupe ortie-lentilles corail (version très nourrissante)
Ajoutez 60 g de lentilles corail rincées avec les pommes de terre et augmentez le bouillon de 25 cl. La cuisson est identique à la recette de base, les lentilles fondent et épaississent naturellement. C’est la variante qui surprend le plus. On ne s’attend pas à quelque chose d’aussi consistant et bien équilibré en protéines végétales, sans une goutte de crème. À tester absolument.
Soupe ortie-oseille ou ortie-cresson
Un mélange d’orties avec de l’oseille sauvage ou du cresson de fontaine donne une soupe plus acidulée, plus vive en bouche. Comptez 70 % d’ortie et 30 % d’oseille ou de cresson. C’est le genre de recette qu’on prépare le jour même avec ce qu’on a ramassé. Les variantes sont infinies, faites confiance à vos papilles.
Questions fréquentes sur la soupe à l’ortie
Est-ce que la soupe à l’ortie est vraiment bonne ?
Cela me fait toujours rire quand on me le demande, car beaucoup s’attendent à un goût âpre ou franchement bizarre. En réalité, ça rappelle beaucoup l’épinard, doux, légèrement herbacé, avec une petite note rustique et terreuse. Une fois mixée avec de la crème et de la muscade, c’est un velouté vert très agréable. Les plus sceptiques de mon entourage ont tous changé d’avis au premier bol.
Est-ce que l’ortie pique encore une fois cuite ?
Non, plus du tout. La chaleur détruit l’acide formique et l’histamine contenus dans les poils urticants. Dès que les feuilles touchent une matière chaude (eau bouillante, huile, vapeur), c’est terminé. On peut ensuite les manipuler à mains nues sans aucun risque.
Peut-on congeler la soupe à l’ortie ?
Oui, sans problème. Congelez-la sans la crème fraîche. Au moment de réchauffer, décongelez à température ambiante ou au bain-marie, puis ajoutez la crème en réchauffant doucement. Vous pouvez la conserver 3 mois au congélateur dans un récipient hermétique. C’est une excellente façon de profiter de la saison de cueillette toute l’année.
Suggestions d’accompagnements
La soupe à l’ortie se sert simplement avec une ou deux tranches de pain au levain légèrement grillées. Un filet de crème fraîche dans l’assiette au moment de servir, quelques graines de courge grillées ou un peu de fromage frais émietté (chèvre, feta), c’est un régal.
En repas complet, un œuf mollet posé directement dans la soupe fonctionne très bien. Pour une version vegan, un filet d’huile d’olive et quelques noix concassées font parfaitement l’affaire.
Pour la petite histoire
Dans l’Europe médiévale, l’ortie faisait partie des plantes de disette. On la récoltait au printemps quand les réserves d’hiver étaient épuisées, et on en faisait des soupes, des purées, ou on la faisait simplement tomber à la poêle comme des épinards. En Irlande et en Écosse, la « nettle soup » est encore une préparation traditionnelle très ancrée dans les régions rurales. En France, des régions comme l’Alsace, la Bretagne et le Massif Central en ont gardé la mémoire culinaire.
Aujourd’hui, l’ortie redevient populaire dans le mouvement de cueillette sauvage qui reprend de l’ampleur partout en Europe. L’Urtica dioica, la grande ortie, est sans doute la plante sauvage la plus cueillie et cuisinée des jardins et sous-bois français. Elle a l’avantage d’être difficile à confondre avec une plante toxique, d’être très répandue, et de ne rien coûter à qui sait où regarder.
Bien qu’excellente pour la santé, ce n’est pas vraiment la forme parfaite pour faire une cure d’ortie au printemps, car difficile d’en manger tous les jours pendant 3 semaines ! Pour une cure, la tisane d’ortie est beaucoup plus appropriée.
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Acheter les épices de la recette :
- Feuilles d'orties séchées
- Muscade
- Poivre noir


